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Série - #3 Construire l’avenir d’une Afrique plurielle, défis et solutions.


Série - Quel avenir pour l’Afrique ? Prospective d’un continent aux richesses et défis pluriels.


Photo de Cottonbro provenant de Pexels


#3 - Construire l’avenir d’une Afrique plurielle, défis et solutions


Des systèmes politiques, des économies, des caractéristiques socio-culturelles diversifiés, font de l’Afrique un territoire à conjuguer au pluriel. Dès lors, comment réussir à co-construire l’avenir d’un continent aux multiples visages?


Pacifier l’Afrique et penser un développement soutenable et durable


Le continent réunit des pays aux modèles économiques différents. Certains sont importateurs, d’autres exportateurs de richesses. De plus, il réunit sur son territoire des religions, traditions et langues bien différentes ainsi que des modèles politiques d’administrations pluriels.


Le sociologue Sall, directeur de l'Institut des futurs africains identifie trois principaux défis pour construire l’Afrique des générations futures.

Tout d’abord, les politiques de prédations doivent cesser afin que l’économie africaine profite au développement local en priorité. En effet, actuellement, le modèle économique de l’Afrique semble bénéficier à des forces non africaines coalisées avec des élites autochtones aux dessins opportunistes.

Le continent va devoir également relever le défi du maintien de la paix sur son territoire, car il reste un territoire de violence dans son ensemble. Les guerres ne sont plus majoritairement entre les pays, mais de nombreuses guerres civiles demeurent qui rendent le territoire fertile aux coalitions terroristes. Le Sahel en est l’un des exemples. Ce territoire est source d’instabilité sécuritaire forte depuis la Guerre du Mali en 2012. Selon le spécialiste, il semble fondamental de trouver les moyens de résoudre de manière pacifique les conflits de son territoire et de demeurer “en paix avec elle-même". Dès lors, l’Afrique pourra trouver une place au sein de la scène internationale en apportant une contribution à la construction de la paix dans le monde.

L’Afrique devra également allier développement et discours onusiens. Les impératifs d’une croissance économique durable et inclusive sont inévitablement combinés avec ceux d’une justice sociale et d’une durabilité environnementale. Le troisième défi du continent serait donc, selon le spécialiste, le défi de la durabilité des modèles de développement. Par conséquent, les objectifs de croissances devront donc être construits autour des principes de durabilité sociale et environnementale.


Selon Kako Nubukpo, macro-économiste et ancien ministre togolais de la Prospective et de l'Évaluation des politiques publiques, il paraît nécessaire de co-construire les politiques, programmes et projets avec les populations.

Le développement local doit être la priorité et doit inclure la participation citoyenne de toutes et tous afin que les citoyens se réapproprient le champ politique avec confiance. Dans cette optique, le contrôle citoyen doit être au centre de l'évaluation de l’action publique.


“Dénouer les discours politiques dissonants”


La question de la défense de l’intérêt général apparaît comme problématique actuellement. Selon l’économiste, il est nécessaire de dénouer les trois niveaux de discours politiques dissonants actuels.

Le premier niveau est le discours néo-libérale de Bretton Woods institué en 1944 afin d’organiser le système monétaire mondial. L’assainissement des finances publiques et la stabilité des prix restent le fil rouge des politiques économiques de l’Afrique. Notons que le Fonds monétaire international est la cible d’importantes critiques depuis plusieurs décennies. Pour de nombreux observateurs, ce pilier des accords de 1944 serait un instrument de soumission des pays du tiers monde qui freinerait le développement de ces pays en les alliant politiquement et économiquement aux pays occidentaux.


"Les dettes africaines sont illégitimes et illégales et auraient dû être annulées bien avant aujourd’hui". Broulaye Bagayoko

Certains spécialistes appellent par ailleurs à l’annulation des dettes africaines. Broulaye Bagayoko, Secrétaire Permanent du CADTM Afrique (Comité pour l’abolition de la dette illégale) juge les dettes africaines comme “illégitimes et illégales” et “auraient dû être annulées bien avant aujourd’hui”.


A ce premier discours s’ajoute le discours néo-mercantiliste de plus en plus adoubé en Afrique à l’image du modèle chinois. Ce dernier vise à appliquer des politiques d’exportations agressives, des importations basses dans le but d’obtenir un niveau des réserves de change élevées vers une politique monétaire plus efficace. Toutefois, ce modèle demeure en contradiction avec le discours onusien. En effet, aujourd’hui, les Objectifs de Développement Durable sont au centre des politiques de développement de la coopération internationale. La question du genre, la promotion du travail décent et l’accès aux infrastructures de base sont incompatibles avec les politiques néo-libérales et néo-mercantilistes appliquées actuellement en Afrique. Selon Kako Nubukpo, il existe un enjeu majeur à développer de modèles de développement futurs autour d’un discours unique et de dénouer le discours dissonant actuel.



S’inspirer des réussites africaines


L’Afrique connaît des succès économiques florissants. Pour l’économiste togolais Kako Nubukpo, c’est l’occasion de sortir des chiffres macroéconomiques pour entrer dans l’économie réelle et analyser les modèles de nombreux pays aux initiatives novatrices en matière de développement. C’est ainsi le cas de l’Afrique australe comme de nombreuses îles (Île Maurice, Cap Vert, Seychelles), mais aussi quelques pays d’Afrique oriental tels que le Kenya pour n’en citer que quelques-uns. Ces derniers font preuve d’une dynamique endogène importante centré sur l’innovation. Ce sont des éléments d’espoir qui peuvent donner l’impulsion et irriguer le reste des économies africaines.



Le continent africain est doté d’importantes ressources inexploitées. Toutefois, le territoire dépense chaque année près de 35 milliards de dollars par an d'importation de vivres tels que du riz, du sucre ou encore de l’huile végétale. Dans le même temps, l’Afrique possède 60% des terres arables non exploitées du monde. Selon la Banque africaine de développement, ses dépenses d’importation devraient être redistribuées en direction d’un développement endogène. D’après son président, Akinwumi Adesina, “ces 35 milliards de dollars devraient être conservés sur le continent [afin que] les jeunes africains [puissent] les exploiter pour créer plus de richesses”. De surcroît, le continent crée également entre 50 et 100 milliards de dollars de flux financiers illicites. L’Afrique possède donc sur son sol les ressources nécessaires pour devenir une puissance majeure sur le marché international. Reste au continent le choix de concentrer ses efforts sur la construction d’un nouveau paradigme de développement, favorisant le développement local tout en préservant les intérêts environnementaux.



 

Sources :


-OpenEdition Journal, Jörg Guido Hülsmann, « Pourquoi le FMI nuit-il aux africains ? », Labyrinthe [En ligne], 16 | 2003, mis en ligne le 06 juin 2008, consulté le 16 avril 2021, http://journals.openedition.org/labyrinthe/310.


-Al Jazeera+, “Et si l’Afrique faisait tourner la planche à billets ?”, https://fb.watch/4WqJDjTd50/


-Al Jazeera+, “Dette africaine : mais qui doit quoi en réalité ?” https://youtu.be/nd-Peg-7Yxk


-Cairn, Revue Afrique Contemporaine, “De l’industrialisation à l’émergence ? Vieilles antiennes et horizons lointains”, Afrique contemporaine, 2018/2 (N° 266), p. 165-172, https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2018-2-page-165.htm


-Agence Ecofin, Article “S’inspirer des réussites africaines : Indice mondial de l’innovation 2020 : quels sont les pays africains les mieux côtés ?”, https://www.agenceecofin.com/entreprendre/0309-79812-indice-mondial-de-l-innovation-2020-quels-sont-les-pays-africains-les-mieux-cotes


-Slate, Ce que les Africains pensent de la Chine, http://www.slate.fr/story/198523/africains-pensent-chine-modele-developpement-etats-unis-dette-investisssement



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